D. Témoignage de Milo Adoner au Mémorial de la Shoah

Le Mémorial de la Shoah :

Edifié dans le marais, un des plus anciens quartiers juifs de la capitale, le tombeau du martyr juif inconnu est inauguré en 1956. Il devient rapidemment le lieu principal de la mémoire de la Shoah à Paris. La concrétisation du projet eut lieu grâce à Isaac Schneersohn qui a réuni tous les documents destinés à prouver la persécution des Juifs. Ainsi, les noms des Juifs déportés de France sont désormais gravés sur d'immenses murs en pierre de Jérusalem, auxquels sont confrontés les visiteurs dès leur entrée.

L'étoile de David en marbre noir :

L'étoile de David en marbre noir est le tombeau symbolique des six millions de Juifs morts sans sépulture. Là, reposent les cendres des victimes recueillies dans les camps d'Aschwitz-Birkenau, de Belzec, Chelmno, Maïdanek, Sobibor, Treblinka ainsi que Mauthausen et du ghetto de Varsovie. Ces cendres ont été ensevelies le 24 février 1957 dans la terre d'Israël. Une flamme brûle au milieu de l'étoile de marbre, perpétuant le souvenir des disparus. Autour, des rouleaux de parchemin relatent la souffrance de toutes les communautés juives d'Europe décimées par les Nazis. Incrustés dans les murs latéraux, des coffres abritent les volumes du Livre du souvenir dans lesquels sont inscrits les noms des déportés. Le mur du fond de la crypte porte une citation biblique : "Regardez et voyez s'il est douleur pareille à ma douleur. Jeunes et vieux, nos filles et nos fils fauchés par le glaive". A l'arrière de la crypte, dans un espace cédé aux archives nationales, se trouvent les "fichiers juifs".

Petite précision : bien sûr, l'étoile de David en marbre noir au Mémorial de la Shoah à Paris n'est qu'une reproduction de la vraie, se trouvant en Israël, laquelle recouvre les vraies cendres des victimes juives...

pb130076.jpgL'étoile de David en marbre noir

(photo prise au Mémorial de la Shoah, Paris)

pb130080.jpgLes "fichiers juifs"

(photo prise au Mémorial de la Shah, Paris)

Témoignage de Milo Adoner :

"Je suis né le 2 mai 1925 et ma famille était juive et française. J'avais 6 frères et soeurs. Nous avons été arrêtés le 23 septembre 1942. Des lieutenants SS sont arrivés dans la résidence dans laquelle nous vivions avec nos voisins et nous ont raflé à 9 heures du soir. Ils nous disaient que ce n'était qu'une "vérification d'identité"... Quoi qu'il en soit, nous avons été transportés à Drancy, puis déportés le 28 septembre (5 jours après) par des wagons, où nous sommes restés dans de très mauvaises conditions de vie pendant trois jours et trois nuits, en compagnie de 84 autres personnes. Le premier jour où nous sommes arrivés à Auschwitz, j'ai perdu mes parents et mes frères et sœurs lors de la sélection. J'ai su plus tard qu'ils avaient été gazés et brûlés, dès le lendemain. Seul mon grand frère, de deux ans mon aîné, a échappé à ce massacre et à travaillé comme moi, mais dans un autre camp. A mon arrivée, j'ai également été tatoué sur le bras, du numéro 1612. Je n'étais plus considéré comme un humain. Notre travail consistait à construire une autoroute qui devrait par la suite relier Auschwitz et Berlin. Je me souviens du premier mort. Cet homme est mort du hoquet. Il fut le début d'une longue liste de décédés dans le camp. Le repas quotidien était maigre : un peu de soupe et un petit bout de pain accompagné parfois d'un peu de margarine tout bonnement répugnante. Nous nous réveillions à 4 heures du matin et assistions à l'appel qui pouvait durer des heures entières dans le froid, puis nous partions au travail pendant toute la journée, entrecoupée d'une pause consacrée au déjeuner des Kommandos. Grâce à un prisonnier de guerre anglais, qui avait le droit d'envoyer et recevoir des colis, j'ai pu établir une relation à distance avec mon oncle, ma tante et mes cousins qui habitaient au Canada. Un jour, j'ai été blessé au doigt et je suis allé pour la première fois à l'infirmerie, que chacun appelait "l'antichambre de la mort". Lorsque les 400 autres malades et moi-même avons été déportés en hiver 1942, j'ai été sauvé par un mécanicien chef du camp qui m'a caché, pendant que les malades se faisaient tuer. Je suis donc aujourd'hui le seul survivant de cet hôpital… Puis j'ai été transporté dans plusieurs camps à la suite… Une fois, j'ai assisté à une extermination de tout un camp de tziganes dans les crématoires. Lors d'une nouvelle sélection, j'avais dit être Français, né à Paris et travailler comme ouvrier chez Renaud. Coup de chance, j'ai appris pourquoi j'ai été envoyé dans la file de droite, et donc sauvé : les SS avaient passé leur dernier réveillon à Paris et je leur avais donc rappelé un souvenir agréable. En janvier 1945 a débuté la marche de la mort. Je m'en souviens bien, nous marchions par colonnes, et les faibles qui tombaient de fatigue étaient abattus sur-le-champ. Mon frère fut de l'un deux. Etant gravement malade (atteint de la diphtérie) il n'a pas survécu à cette descente aux enfers. Nous sommes arrivés à Buchenwald. Nous devions alors repartir quelques jours plus tard mais moi et certains de mes camarades avons réussi à nous échapper et à nous réfugier chez les prisonniers de guerre français. Nous avons tous été définitivement libérés le 11 avril 1945, et je suis rentré à Paris le 30, où j'ai rejoint ma sœur aînée, veuve d'un résistant français. "

pb130091.jpgLe 13 novembre 2012, avec Milo Adoner et son autorisation, Mémorial de la Shoah, Paris

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